20.12.2009

Rencontre avec l'inconnue - Part II

 

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Instinctivement, mes jambes se remettent en branle comme pour m'aider à évacuer le trop plein de pensées qui bouillonnent dans ma tête. Repérer l'âme seule... sans état d'âme. Celle qui, au fond d'elle-même, espère rencontrer quelqu'un, l'attend inconsciemment, sans se l'avouer, en laissant le temps frapper à sa porte.

 

Mes pas s'accélèrent à mesure que l'excitation me gagne. Cette femme existe ! Il me faut la trouver, accrocher la prunelle de ses yeux, happer la faible lueur qui s'en échappe, transpercer le voile de son intimité dissimulée, ressentir son émotivité, au rythme de son pouls, saisir son code-barres, sa vision singulière des choses, respirer le même air, inspirer les mêmes effluves de vie, avoir l'illusion de partager un instant et, à la croisée des regards, la cueillir. Je suis au comble de l'excitation quand je m'arrête face au miroir qui renvoie le reflet rougi de mon visage. De grosses gouttes de sueur perlent sur mon front. Je les éponge du revers de la manche et reprends ma marche désordonnée.

Il faut une certaine dose de pugnacité pour trouver cette femme, beaucoup de patience, d'investigations, de ténacité. Elle existe, je le sais. Par tous temps j'arpente, jour après jour, les rues de Paris, bats le pavé d'un nombre incalculable de pas, fréquente les lieux les plus propices à sa rencontre. Peu à peu elle prend forme dans mon esprit, pas de manière précise, mais souvent je vois son sourire, son regard, son désir. Je la ressens dans tout mon corps, comme si elle était en moi. A certain moment je la perçois si fortement que je la sais toute proche de moi, à quelques mètres. Il suffit de la découvrir dans la foule, une fille dans la masse comme dirait une de mes connaissances, et puis, soudainement, cette sensation s'évanouit, la chair de poule me quitte, elle a disparu. Peut-être a-t-elle pris un bus, hélé un taxi, ou s'est engouffrée dans une bouche de métro ? Parfois une semaine entière je ne reçois de signaux, ni la moindre palpitation. D'autres fois me mènent sur de fausses pistes.

Je suis conscient de ma faiblesse : voir une fille portant une robe tricotée sur une peau bronzée me transcende littéralement. Cette image obsessionnelle ne doit pas corrompre ma quête. C'est ce que je me dis au sortir de la bouche de métro quand, au moment d'emprunter l'escalier, un tel spécimen se présente face à moi en haut des marches. Je ne parviens à détacher mon regard de la silhouette qui se découpe dans l'azur brouillé du ciel parisien, ni à empêcher mon corps d'entreprendre sa mutation : pétrifié, je sens mes muscles se raidir, mes jambes s'alourdir, mon corps se paralyser, ma respiration se retenir, ma vue s'immobiliser en une focale fixe.

Elle entame sa descente. Je reste en bas, quelques secondes immobiles, interdit, incapable de gravir la moindre marche. Mon regard ne peut se détacher du tempo de sa robe qui, à chaque enjambée, épouse parfaitement ses formes généreuses. Un filet de salive descend langoureusement le long de ma gorge quand ses cuisses traversent mon champ de vision. Une délicieuse sensation de chavirement m'envahit, un ardent désir me prend. Ne pas craquer. Ne pas l'aborder. Une irrépressible appétence monte. Ne pas se focaliser sur sa robe trop courte qui remonte à l'entrebâillement des cuisses, chaque marche descendue. Elle est toute proche, nous allons nous croiser, elle va me sourire, un petit sourire, aguicheur, espiègle, diabolique.

Arrivé à la surface, l'agitation de la rue, le vrombissement assourdissant des moteurs, la fureur de la ville m'happent. Déjà d'autres images se bousculent, s'entrechoquent : sur la gauche, un juvénile groupe de ravissantes asiatiques se manifestent gaiement, à droite une jolie italienne fume une cigarette à l'arrêt du bus, et que dire de la russe qui, distraite, sort d'un magasin de luxe et manque de me heurter. Peu à peu l'image de la fille à la robe tricot s'estompe, se fond dans l'incroyable succession de nouvelles images qui s'offrent à ma rétine.

A suivre ...

Monsterjack 2009 Tous droits réservés.

07.12.2009

Rencontre avec l'inconnue

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   ... trop longtemps que je rame dans cette vie qui, jour après jour, me devient toujours plus médiocre et insupportable. Seul, reclus dans mon studio sans ascenseur, exigu comme l'est ma vie, parfait pour l'arrogant adolescent que j'étais, mais qui, maintenant à trente ans... Marre de toutes ces filles légères, rencontrées lors des soirées estudiantines, que l'on embrasse pour un oui ou pour un nom et que l'on dévête, en un tour de main, dans la chambre des parents qui résonnent encore des pitoyables gloussements précédant le râle des amours éméchées sans lendemain. Pointe la brûlure sournoise, s'insinuant au plus profond de mes tissus, qu'est l'envie de rencontrer une femme, une vraie femme, je veux dire ma femme, celle avec qui je construirai un avenir conjoint.

   Jonathan reposa le stylo-plume sur le bureau, saisit le bloc-notes qu'il porta à hauteur des yeux et entama une relecture sourcilleuse. Puis, rageusement, il arracha la page maculée d'encre à peine séchée, la froissa en forme de boulette et visa la corbeille à papier. « Panier ! » s'exclama-t-il d'un ton manquant de conviction. Le regard dans le vague, il respira profondément et soupira longuement. « Foutaise ! A quoi bon se plaindre sur du papier ? » Il lui fallait agir, prendre sa vie en main, et cette fois sans tour de passe-passe.  

 ***

  Négligemment je laisse le livre, acheté la veille, choir sur la moquette. Je m'étends pensif sur le canapé-lit, tentant de faire la synthèse de ma lecture toute fraîche. L'ouvrage traite du choix de la femme appelée à devenir épouse, puis s'en suit toute une série de conseils techniques sur la façon de la rencontrer et de l'entreprendre sans écueil. Une question obsédante tournoie en spirale dans mon esprit et me plonge dans un abime de perplexité : comment être certain de la reconnaitre ? Pour me rassurer, je récapitule mentalement une énième fois la liste des précieux conseils lus. Rasséréné, le sourire me revient ; maintenant je suis tout à fait convaincu de la stratégie à adopter. C'est à la fois facile et difficile. Cela passe par une petite introspection pour circonscrire mes envies enfouies dans les strates de ma mémoire, saisir les contours de l'objet du désir, en modeler ses formes et courbures, ciseler les traits de caractère incontournables, en gommer les imperfections, fixer le niveau d'éducation visé, et enfin porter une pointe de couleur sur son regard. 

  Dès que je ferme les yeux, une multitude de filles dansent sur l'écran de mes paupières closes. Elles sont belles à ravir, blondes, brunes, rousses, ivoire, ébène, mates, tachetées de candeur juvénile, souriantes, innocentes, pétillantes, espiègles. Je nage dans un bonheur intense qui me fait perdre la tête. Enivré des délicats effluves qui me submergent, je succombe à la chaleur des bouffées de plaisir qui remontent par vagues du bas-ventre et m'entrainent toujours plus profondément dans un monde de chimères. L'assoupissement finit par me gagner, les dernières exhalaisons me vainquent.

  Comme l'impression d'une présence. Je me réveille en sursaut. Troublé, j'examine les quatre coins du studio désert de toute vie humaine, me lève d'un bond pour refermer la fenêtre entrebâillée. Le silence s'installe immédiatement, m'incarcérant dans mon unique pensée obsessionnelle. Je dois la traquer là où elle se trouve et non ailleurs, me rendre sur le lieu de ses flâneries et non dans les endroits improbables.

  Tant de filles me plaisent, mises sciemment ‑ scientifiquement - en valeur par leur plastique infaillible, toujours dans les mêmes circonstances. Comme dans un film sans fin qui, perpétuellement, repartirait du début. La scène est inondée de la lumière éblouissante du soleil, des filles se baladent nonchalamment le long d'une grande avenue, on dirait le boulevard Saint-Michel dans le Quartier Latin à Paris, elles sont nombreuses à la parcourir, par petits groupes, les épaules dénudées, tout sourire, le verbe haut, les éclats de rires spontanés, elles sont jeunes, rigolent, bavardent, le temps n'a pas encore d'emprise sur leur visage éclatant, le regard illuminé de l'insouciante assurance des personnes qui croient que tout est possible, qui ne savent pas encore que tout est figé, que la société n'avance pas à doses de rêves et d'illusions mais à coups de pétarades économiques. Elles semblent si heureuses, si rayonnantes... Le temps d'une belle éclaircie. Elles sortent de leur tanière faire un peu de shoping, entre deux averses, entre deux nuages noirs annonciateurs, qu'elles ne veulent pas encore apercevoir, le sac en bandoulière, le cœur léger, l'esprit fugace. L'illusion. Les vacances sont déjà passées, l'été n'est plus qu'une résurgence du passé, l'automne se profile avec en ligne de mire l'hiver et son cortège de coups de gel, de déprimes et, elles, l'âme en berne, accrochées à leur téléphone, les yeux rougis, appelant au secours leur copine guère plus fraîche.

D'un mouvement ample, mon bras balaie dans le vide un objet imaginaire, comme pour mieux me signifier qu'il est grand temps de tourner la page, qu'il faut chercher, ne pas s'arrêter au superficiel, ne pas se laisser attirer par le délicieux nappage sucré des filles souriantes ; se méfier, prendre du recul, discerner si elles sont prises ou éprises, si l'incontournable peut se détourner.

(A suivre...)

MonsterJack Copyright 2009

10.10.2008

Premiers émois

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Écoute le chant des oiseaux, ils ont tant à nous raconter

De là-haut ils nous observent, nous voient dans notre cachette.

 

Entends la douce mélodie des premiers émois

Tes yeux d'azur reflètent l'immaculée lumière des cieux

Le souffle du vent chaud câline tes frêles épaules dénudées

S'échappe la goutte d'eau bénite de l'intimité de ton aisselle.

 

Jeune fille tendre comme le blé prend son délicat envol.

 

La caresse des rayons de soleil entre tes jambes

Effleure les notes sensuelles de la félicité

Jeune fille aux longs cheveux de paille ton regard s'évapore

Succombe à l'effeuillaison de la raison.

 

Jeune fille tendre comme le blé

Laisse ta main te guider jusqu'au suprême délice

Frémit à la douce caresse des sens interdits

Des doigts qui égrènent gaîment les cordes sensibles

Dans la moiteur blonde de ton intimité.

 

Do ré mi fa si la si do

Écoute le chant des oiseaux, ils ont tant à nous raconter

De là-haut ils nous observent, nous voient dans notre cachette.

 

Seule dans le champ de maïs dans la douceur de l'été

Tes longues jambes se délient au désir du corps

Passe le va et vient incandescent du plaisir

Jeune fille aux longs cheveux de paille

S'abandonne à l'épi de la malice et se répand en félicité.

 

Jeune fille blonde à l'aube d'une nouvelle vie

Chante la mélodie des notes aiguës de la volupté

Jeune fille blonde à l'aube de la vie

Chante la mélodie des notes aiguës de la volupté.

 

Do ré mi fa si la si do

Écoute le chant des oiseaux, ils ont tant à nous raconter

De là-haut ils t'observent, te voient dans ta cachette.

 

Monsterjack Copyright 2008

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